dimanche 5 juin 2011

Jour 9 (deuxieme partie)

On arrive au centre-ville de Dakar. Je reconnais les rues que nous avions arpentées il y a quelques jours. On passe devant le restaurant ou Frantz n’a pas aimé le poulet. Il y a plusieurs magasins de souvenirs et également des vendeurs ambulants sur le trottoir qui viennent proposer des petits objets à 500F.
On rentre dans un magasin, le match a déjà commencé. Il y a plein de gens devant une télé, c’est encore 0-0. Je choisis quelques T-shirt.
-          C’est combien?
-          30 000F pour toi je le fais à 25 000F.
Diagne s’énerve on s’en va. Le type nous arrête, il nous demande de fixer un prix. Je dis 5000! Il dit Ok on peut partir. On change de magasin. Depuis Gorée, j’avais compris qu’on doit diviser les prix par cinq ou  par quatre.
 Donc 5000 c’est trop bas. On va donc  changer de magasin et choisir les mêmes articles. Une marchande ambulante me propose un porte-clés pour 500F, elle ne me lâche pas. OK OK en sortant. On rentre dans un autre magasin, je me mets à coté d’une cliente. Je veux entendre la négociation, heureusement que les prix sont dit en français. Le vendeur remarque ma stratégie, il attire la cliente à l’autre bout du magasin.
Je choisi sensiblement les mêmes articles, le type nous demande 25 000F. Diagne engage une discussion avec eux. Il me dit 6500F. Je paie et on sort. Il me dit que les types lui ont proposé de garder le prix élevé afin de revenir chercher sa commission après !
De toute façon, on avait compris. Je rentre dans une ruelle, Frantz cherche une petite robe pour sa fille. Je vois un petit costume pour Matteo.
-C’est combien 7000
- je n’ai que 1000
-Oh non ! 5000 !
- 1000 !
- 3000 !
- Non 1000
- 2000
- Non 1000
-Fais un effort 1500 je te le donne
- OK 1500F
Je dis à Frantz de ne pas lâcher et de garder son prix jusqu’au bout.
Malheureusement je n’ai plus de franc. Je dois changer 20$, le taux est de 450F pout 1 dollar. Le type veut m’en donner 300 ! Il est fou. Je dis à la marchande si je n’achète pas ce n’est pas de ma faute, je ne peux pas changer les dollars, il est déjà 19h00 et les banques sont fermées même les marchandes sont entrain de quitter le centre-ville. Finalement, un type accepte de donner 8000F pour les 20$. Bon OK j’accepte. On doit partir.
J’appelle  Ibrahim, pour lui demander son adresse. Je passe le téléphone à Diagne. Il est chez son ami entrain de regarder le match, Place de l’Indépendance. Arrivé à la Place, je l’appelle. Il me dit de monter, je monte je ne le vois pas.
J’appelle
-On est au 6eme devant l’ascenseur tu es où ?
-je suis au 6eme, je ne te vois pas.
- J’ai du prendre une autre porte alors.
-Ok descend je te rejoins sur le trottoir.
En effet, on avait pris une autre porte. Ibrahim, est la à 20m. Ca fait au moins 12 ans qu’on ne s’est pas vu.
« Jean Ronel konpa konpa konpa ! J’ai pas oublié»
On s’est parlé quelques fois au téléphone pendant que j’étais aux USA mais…
Barcelone vient de marquer un 3eme but !
On monte dans l’appart de l’ami d’Ibrahim, Tamsir. Au lieu de monter les bagages, on va juste les mettre dans la voiture. Frantz s’est déjà installé devant la télé pour suivre la fin du match. Je lui ai dit qu’il faut descendre pour saluer Diagne.
On dit au revoir a Diagne et je lui file un billet, il me dit que ce n’était pas la peine. Je lui ai dit qu’il nous a beaucoup aidé.
On remonte dans l’appart de Tamsir. Il a lui aussi étudié au Canada, mais pas à  Montréal. Il est revenu au Sénégal et par la suite il a changé de vocation il est devenu un cuisinier et a ouvert un restaurant.
Il reste 10 minutes avant la fin du match.  Tamsir va nous chercher une bière !
Wow je pensais que la bière était en voie de disparition dans ce pays. Mais non, la Gazelle est brassée au Sénégal. Et puis on n’en trouve pas à Mekhe ! Bon ma logique doit être différente.
Tamsir me demande comment je trouve le Sénégal, je lui donne l’adresse du blog. Il va jeter un coup d’œil, il regarde vite vite. Il a sauvegarde le lien pour y retourner plus tard. 
Le match se termine enfin, Barcelone est championne, 3-1. Joie chez les Catalans et larmes chez les British. On quitte l’appart pour aller au restaurant. La voiture d’Ibrahim est garée là-bas, on monte donc les 4 dans la voiture de Tamsir.  Le Big Five est un restaurant branché situé dans une petite rue au centre-ville. Comme en Haïti, on dirait qu’il s’agit  d’une maison qui a été transformée en restaurant. On rentre, il y a un bar avec des dizaines de bouteilles d’alcool. Le Prophète n’est pas passé au Big Five on dirait.
On s’installe dans la cour, dans la section fumeurs. Il y a des jeunes gens branchés qui dinent, ont dirait que tout le monde se connait. Il y a aussi un couple de français qui dinent. On s’installe et une serveuse nous amène un menu. Wow c’est tellement différent du « comme d’habitude »  de Mekhe. On a un vrai menu, je prends du poisson. Et un verre de ti-ponch.
La serveuse arrive avec les boissons, mon ti-ponch est blanc ! Je demande des explications à Tamsir, il me dit qu’il met du sirop de canne blanc ! Ah bon jamais entendu parler de ca.
Stephan m’avait dit qu’Ibrahim était devenu prof de yoga. Alors il me raconte qu’il avait suivi un cours avec une brésilienne et depuis lors, il est devenu accroc. Depuis plus de 10 ans. Il a même été rencontré des grands maitres en Inde. Ingénierie appliquée yoga.
C’est quoi le plan pour la soirée ?
Tamsir qui avait lu le passage dans la boite à Mekhe (et leur façon de danser) nous dit que c’est dommage qu’on part dans quelques heures parce que le dimanche soir, il y a une soirée capverdienne avec beaucoup de zouk, il nous aurait amené. Il nous dit que les Capverdiens dansent plus comme les Haïtiens. Je n’ai jamais dansé du cabolove. Danser du cabolove à Dakar, c’aurait été intéressant. Une prochaine fois j’espère.
Ibrahim part à 8h pour New York. Il ne peut donc sortir avec nous, il a certaines obligations à remplir…Il nous laisse avec Tamsir. On est en de bonne main.
La serveuse nous amène les plats. Un succulent poisson avec une sauce avec des tomates. Je vous dis que ca change de Mekhe.
Un autre copain vient nous rejoindre à la table. On discute de mon passage et de mon blog. Je raconte, mon passage a Touba. Ibrahim me dit que je n’ai rien vu, et qu’il existe même un certain niveau de fanatisme dans cette ville. C’est dangereux de critiquer la religion là-bas. Des fois, les fidèles soulèvent la Mercédès du marabout pour  qu’elle ne roule pas ! Il voit que je n’ai pas changé et que je suis toujours aussi « peu diplomate ». Il me dit qu’il va lire le blog dans ce cas !
Il doit partir. Tamsir va nous amener à l’aéroport vers 3h. On le raccompagne à sa voiture.
-          OK mec, bon voyage
-          Bon voyage aussi, c’est dommage que tu ne sois pas resté plus longtemps à  Dakar. De toute façon tu es en de bonne main, et en plus tu es au cœur du centre ville
-          C’est comme si on était sur « Crescent » ?(rue très branchée a Montréal)
-          Bon exactement, c’est comme si tu étais sur Crescent
-          Alors dans ce cas ca va, on va attendre minuit pour sortir.
On retourne s’assoir à la table, j’entends la française qui demande à Tamsir « ce sont des Haitiens ? » On engage la conversation, ils me disent qu’ils ont visité Haïti il y a plus de 30 ans et qu’ils allaient danser Tabou Combo au Lambi night club… Le bon vieux temps.
Ils me demandent ce que je pense du chanteur, le nouveau président. Je leur réponds que je lui donne 15 jours. A mon retour en Haïti, je vais savoir s’il est sérieux ou non. Il y a tellement de cas problématiques ici, en quinze jours on va savoir à quoi s’attendre. Ils vivent au Sénégal depuis 14 ans,  ces français semblent bien connaitre l’Afrique, je me mêle entre les Guinée et les Congo, on parle des « ninja » du congo Brazaville, des trafiquants de drogue qui sont en Guinée Bissau. Le Mali qui commence à dériver, même si ATT (Amini Toumani Toure ) est un type très bien.
Frantz questionne Tamsir à propos d’une toile qui est accrochée au mur, c’est un ami qui l’a fait. En fait c’est un Haïtien lui aussi. Il est né au Canada de père sénégalais et de mère haïtienne et il vit maintenant au Sénégal. Il recycle du plastique, il s’appelle Stephan d’ailleurs il va passer ce soir.
Stephan arrive, Frantz teste son créole. Il parle correctement. Il nous raconte un peu comment il a atterri  ici, car il s’emmerdait au Canada. La, il recycle du plastique, il les achète, les emballe et les envoie en Chine. Il me demande ce que je suis venir faire ici.
-          Tu as fait des panneaux solaires à Mekhe ?
-          Oui on en a deux avec nous qu’on doit ramener en France pour les tester. Ils sont la, dehors, avec nos valises.
-          Tu as acheté le matériel ici ?
-          En parti, les composantes les plus importantes, je lais ai amené dans ma valise.
-          Ca couterait combien pour que tu reviennes faire ca ?
Alors la, koze mande chita.
On commence à parler business. Stephan demande à Tamsir de nous amener un ordinateur. Visite réciproque de site web. Stephan me dit qu’il cherche un partenaire pour le solaire. Car les coupures sont de plus en plus fréquentes ici. Le solaire a de l’avenir au Sénégal. Il regarde nos lampadaires et est intéressé à avoir quelques prototypes. Il me demande d’éliminer le mat. Et me demande si c’est possible de le remplacer avec du plastique. Bien sur que c’est possible mais ce sera plus vénérable.
Il me demande de le suivre et se dirige vers l’escalier. Il me montre un morceau de plastique qui ressemble à une couverture d’égout et me dit que c’est aussi résistant que du béton ! C’est avec ca qu’il veut faire le mat.  Il m’explique la stratégie qu’il va utiliser pour rentrer dans le solaire au Sénégal.
Adieu boite de nuit.
La conversation, est extrêmement intéressante et prometteuse. On échange les coordonnées et je lui promets de lui écrire une fois que j’en aurai parlé à mes associés.  Frantz qui avait écouté la conversation me dit que je ne dois pas jouer avec une telle opportunité.
Il est 2h30, le Big Five ferme. Tamsir va nous amener à l’aéroport. Il décide de ne pas prendre l’autoroute. Il va passer par la « Corniche », une route nouvellement construite qui longe le bord de mer avec des beaux quartiers, quatre voies, tracée, éclairée avec de nombreux embranchement. On passe devant les bureaux de la Banque Mondiale. Un peu plus loin, c’est la statue du « Monument de la Renaissance Africaine ». Offerte par la Corée du Nord.
Tu veux dire la Corée du Sud.
Non, la Corée du Nord et il me dit que c’est plus grand que la Statue de la Liberté !
J’ai un ami marin qui a été en Corée du Nord, il dit que c’est pire qu’en Haïti avec un régime oppressif en plus.
Arrive à l’aéroport, je le remercie et je prends ses coordonnées. Les chances que je revienne au Sénégal ont substantiellement augmentées.
L’aéroport est ouvert 24h sur 24. Il n’y a pas beaucoup de gens. Les types qui veulent nous aider à transporter nos valises sont beaucoup moins agressifs. On rentre pour enregistrer nos bagages, le vol est à 5h40, presque 3 heures d’avance. Arrivés au comptoir, la fille nous dit que nos panneaux ne pourront pas aller dans la cabine. Je lui dis pas question, c’est fragile. De plus il faudra les changer d’avion à Casablanca.
-           Je lui dis que je suis prêt à donner ma place aux deux panneaux.
-          Ca doit être important alors
-          Oui on a traversé l’océan pour ca, si ca casse notre voyage est inutile.
-          Comment se fait-il que les musiciens montent avec leur claviers c’est plus gros qu’un panneau ca ?
Elle ne sait pas quoi répondre.
Je demande à voir le superviseur. Il est en haut. Je vais à son bureau, il demande à voir les panneaux. On sort sur le balcon pour les voir, ils sont avec Frantz dans la grande salle.
-          Non non, c’est pas possible, c’est trop gros !
-          Et les instruments des musiciens ? un clavier c’est plus gros que ca
-          Les instruments de musique sont acceptés par le code international de l’aviation.
Bon, nou nan ka !
Son assistante me dit de voir si je peux trouver un caisson rigide pour les mettre. D’aller voir du coté des antiquaires. Seulement il est 4h du matin, en plus on est dimanche. Il y a le service fret mais elle doute fort que ca soit ouvert à cette heure. Je sors quand même de l’aéroport pour voir ce que je peux trouver pour protéger les panneaux. Nada !
La seule option qui nous reste, c’est la soute à bagages, avec tous les risques que ca comporte. Nos panneaux sont identifies « très fragile », Frantz mets les 2 boites face à face et les emballe avec du plastique. Il est confiant que ca va résister ! Bon au point ou on en est !
Jan’l pase l pase.
On se dirige vers la salle d’embarquement. On passe les formalités, on attend quelques minutes avant que l’embarquement commence. Un bus nous amène  l’avion. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, arrivé à  mon siège, je mets ma ceinture et je m’endors. Bien avant le décollage…
FIN.
P.S.
Les panneaux sont arrivés sans problèmes. Je les ai remis à M. Khaled de l’Ecole Polytechnique Féminine (EPG) à  Paris. J’ai rencontré les étudiants qui vont faire les tests. Je leur ai fait des présentations sur le Projet Kayer et ENERSA. Les tests qu’ils vont faire, sont des tests en conditions réelles au soleil. Ils vont comparer nos panneaux avec des panneaux achetés en France à différents angles d’inclinaison. Ensuite M. Bouazizi professeur à l’EPF et chercheur à l’Institut National de l’Energie Solaire va ensuite prendre les panneaux pour effectuer des tests plus poussés en laboratoire, vieillissement accéléré, simulation atmosphérique etc.




mardi 31 mai 2011

JOUR 9 (Première partie)

Dernier jour à Mekhe ! Je me réveille assez tôt, il fait encore noir, Frantz aussi vient de se réveiller. On doit travailler la matinée  avant de partir. Ca fait déjà 8 jours qu’on est là, le temps passe vite ! Je me mets à écrire en attendant que les autres arrivent. Vers 8h30, il n’y a que Khadim. Il nous dit que les autres ne sont pas habitués à travailler le dimanche, ils vont venir plus tard. Frantz se met au travail avec  Khadim en attendant les autres.
Assane vient d’arriver, il me dit qu’on doit quitter avant 14h00 si on veut visiter Gorée, car il semble que le dernier bateau quitte à 16h00. Il nous suggère donc de quitter à 13h00. C’est Diagne, notre chauffeur habituel qui va nous amener à Dakar.
Les autres sont arrivés entre temps, Khadim veut que je voie un peu ces feuilles de calculs. J’ai téléchargé plusieurs documents que je dois lui donner également. Il y a peu de monde dans la cour, les autres membres de l’UGPM ne sont pas là. On doit emballer les 2 panneaux qu’on doit ramener à Paris le test, mais l’heure du repas est arrivée. C’est quelque chose de banal maintenant se mettre à manger dans un plat par terre, il y a toujours 2 options, riz poulet ou riz poisson. Notre dernier repas, c’est riz poisson. A part la première journée, on a toujours mangé avec des cuillères, les traditions se perdent…
On finit d’emballer les panneaux, on va faire nos valises. L’heure des adieux est arrivée, ont met les bagages dans la voiture, on se salue, grosses accolades, on pense bien qu’on va revenir. Les chances sont très élevées. On demande à Diagne de passer au cyber café pour dire au revoir à Abdallah. Fallou n’est pas là malheureusement. Je donne une carte à Abdallah pour qu’on garde le contact.
On quitte Mekhe à 13h30.


Assane en bleu et Diagne en vert 
On reprend la route vers Dakar, le même paysage désertique, avec des baobabs de temps en temps.  Diagne se fait arrêter à un check-point, il arrête la voiture et descend. Il doit négocier. Il doit payer la « taxe », car le flic lui a collé 2 contraventions, son rétroviseur cassé (à cause du camion) et il a mélangé les valises avec les passagers ! Quoi ! Parce qu’on a mis les panneaux sur le siège arrière.  Bref ! Diagne m’explique que le chef qui est au commissariat reçoit lui aussi une partie de la collecte quotidienne. Hm !
J’appelle Ibrahim, il a déjà quitté Gorée. Il me dit, de l’appeler après la visite à Gorée. Il doit regarder la finale de la Coupe de Champions, Barcelone-Manchester à 18h00. Il me dit arrivé là-bas, je dois demander pour Colo, c’est un guide très bien. Diagne contourne la ville de Thiès cette fois, on emprunte l’embranchement qui a causé tort, au maire de la ville, une superbe route à 4 voies éclairées. Il a été accusé d’avoir volé de l’argent du projet.  Vu que la route n’est pas très fréquentée, il y a des voleurs qui dévissent les lampadaires (électriques) pour voler les câbles. Il y a des dizaines de mâts par terre. On voit au loin, l’usine de Tata. Diagne, nous montre un lotissement sur au moins un kilomètre, où chaque terrain a une petite boite qui contient l’entrée pour le courant électrique, l’eau et le téléphone ! Tout le câblage et la tuyauterie sont sous-terrain. Je crois que les maires d’Haïti auraient beaucoup à apprendre ici. Ensuite on passe l’entrée de l’Ecole Polytechnique de Thiès avant de retomber sur la route nationale.
On était entrain de rouler quand soudain je me suis intéressé à la radio. Une capsule qui doit aider les gens à améliorer leur français. L’animatrice demande à un juriste le sens du mot rétroactivité. Le juriste le place dans un contexte légal et dit que la loi ne peut agir sur ce qui a été déjà fait. Ce qui pourrait passer pour banal apprentissage linguistique est en fait de la propagande pour le Président. Wade est à son deuxième mandat. Il a été élu en 2000 pour 7 ans et réélu pour 5 ans en 2007. Son mandat se termine en 2012, mais Il veut se présenter pour un troisième mandat  malgré que la constitution prévoie un maximum de deux mandats! Il explique sa décision sur le fait qu’il a été élu la première fois sur l’ancienne constitution, et que la constitution qui a changé la durée du mandat (de 7 à 5 ans) et limite le nombre de mandats c’est la nouvelle, donc le premier mandat ne compte pas. Vous voyez pourquoi le mot français qu’on explique c’est « rétroactivité » ?
Si c’est ca, pour être président à vie, il suffit juste de modifier un article de la constitution pour en avoir une nouvelle et appliquer la rétroactivité en déclarant que les mandats antérieurs ne comptent pas.
Après Thiès, je pique un petit somme dans la voiture. Frantz me réveille à l’entrée de Dakar, pour me montrer une rivière que je n’avais pas vue la dernière fois. Diagne prend l’autoroute qui mène au centre ville et sort au port. Il nous montre la marine française. Qu’est ce qu’ils font la encore ? Il ne le sait pas mais ils doivent partir semble-t-il ! A coté, c’est la marine sénégalaise.
Arrivé au port, Assane se gare, on a 15 min avant le bateau de 16 heures. Un vendeur vient me proposer une statuette en bois.
-          C’est combien 12 000F
-          Ahhhhhhhhh
Je pousse un cri et je pars en courant. Les gardiens éclatent  de rire, j’explique au vendeur qu’il m’a éffrayé avec son prix. Le vendeur insiste, il descend à 7000, j’en veux pas, 5000F. Non ca va. Comme je suis un « frère » il est prêt à me le donner à 2000F. Je n’ai même pas négocié ! 85% de  rabais wow ! Je lui dis que je dois aller à Gorée et peut-être après.
Je dis à Frantz d’amener les passeports. Un Haïtien à Gorée a quand même droit à certaines  considérations. En effet, le prix est 2500F au lieu de 5000 pour les « toubab ». On embarque sur le traversier, à double ponts. La traverse dure 20 min, l’ile est seulement à 3.4 km. Sur la gauche, on peut voir l’ile de Gorée, pas trop grande, 900m sur 300m. La 1ère chose qu’on voit, c’est un fort circulaire à l’extrême est de l’ile. Le bateau accoste, sur le wharf, on voit une foule compacte gardée par la Police qui attend le traversier pour retourner à Dakar. Une clôture sépare ceux qui partent de ceux qui descendent.
Arrivés au sol, un guide nous accoste, je lui ai dit que j’ai rendez-vous avec Colo. On m’a dit de demander pour Colo. Il dit que Colo n’est pas là. Je vérifie, il a raison. Il nous dit qu’il peut nous servir de guide. OK. Il commence par nous montrer Gorée. Une petite île sympa avec des maisons coloniales, piétonnière, avec certaines voies dallées.  C’est comme marché dans le temps.


Gorée fait partie du patrimoine mondial par l’UNESCO. Vu qu’on doit prendre le traversier de 18h00 on lui dit de nous amener directement à l’attraction principale : La Maison  des Esclaves !
A l’entrée de la Maison des Esclaves, on passe devant la statue qui symbolise la libération de l’esclavage offerte par la Guadeloupe en 2002.

On arrive devant, il y a plein d’élèves. Il y a une sortie scolaire, la marmaille fait du bruit, on attend qu’ils sortent avant de payer les 1500F pour rentrer. Le guide commence par nous montrer les cellules des hommes, une minuscule pièce de 2.6mx 2.6m ou on mettait 15 à 20 esclaves. Pour être vendu en Amérique, l’esclave devait peser 60 kg, s’il était trop petit, on le nourrissait pendant 3 mois, si après 3 mois il n’avait toujours pas atteint le poids nécessaire, on le vendait aux enchères comme esclave domestique. Ceux qui étaient trop faibles ou malades étaient balancés à la mer. C’est pourquoi l’eau de Gorée était infestée de requins.
Le guide récite par cœur, comme à la Citadelle. Des qu’on l’arrête pour poser une question, il est perdu et doit recommencer le « par cœur » du début.
Ensuite on passe à la cellule des femmes, toujours aussi ignoble. Il nous montre la cellule des enfants, et celle des jeunes filles qui acceptaient de se donner aux négriers pour échapper aux souffrances de l’esclavage.  En dessous de l’escalier, il y a le « trou », le cachot ou on mettait les esclaves rebels, on ne peut même pas se tenir debout, il faut rester accroupi sur le sol dans le noir et l’humidité.
Finalement, on va à la « porte du voyage sans retour ».  Mon sang bout sans arrêt, chair de poule après chair de poule. J’ai failli craquer! Ainsi c’est par la qu’ils sont passés mes ancêtres. La Porte de l’enfer !
Il y a deux choses infinies disait Einstein, l’univers et la bêtise humaine. Le guide nous dit que le Pape Jn-Paul II a demandé pardon à Gorée pour les crimes qui ont été commis au non du Christianisme. Bon c’est quand même bien que le serviteur ait demandé pardon maintenant on attend les excuses du « Big Boss » en personne.
On monte pour voir une petite salle d’exposition avec les chaines, des fusils et des photos de l’époque esclavagiste dont un navire négrier.
On quitte la Maison des Esclaves pour continuer à visiter l’ile, on emprunte les petites rues pour se rendre au point culminant de l’ile. On passe devant le lycée des jeunes filles de Gorée, un établissement scolaire où les filles les plus brillantes du pays sont choisies à la fin du primaire pour être mis en pension sur l’ile aux frais de l’Etat. L’enseignement  est de très bonne qualité : 100% de réussite aux examens du bac. Diagne confirme.
Sur le chemin, on voit des antennes qu’on est entrain de maquiller en palmier. Pour ne pas défigurer le paysage…
On arrive à un bunker construit lors de la 1ère guerre mondiale, avec 2 canons de 250 mm qui ne servent plus. Les chambres souterraines sont habitées par les habitants de l’ile. Dans une de ces caves, se trouve l’une des attractions les plus intéressantes du Sénégal : la peinture avec du sable.
L’artiste nous montre tous les types de sables qu’il utilise. Ils proviennent de plusieurs régions du Sénégal, de la mer, du désert  etc. Il y en a aussi qui proviennent des régions avoisinantes, telles la Mauritanie et même le Sahara. La technique consiste à dessiner à l’aide d’un pinceau les formes avec la colle faite avec la sève de baobab. Ensuite, il verse des pincées de sable de différentes couleurs sur la colle et retourne la plaque pour faire tomber le surplus. Le résultat est surprenant ! Il ne reste plus qu’à laisser sécher 15 min !
 Bon ! m oblije achte !

On quitte le bunker pour retourner au navire, on doit prendre le bateau de 18h00. On passe au retour devant la mosquée de Gorée. La première fois que je vois une mosquée sans minaret. Elle a été construite par les Blancs, donc ca ressemble plus à une église qu’une mosquée.
On continue jusqu’au quai, j’ai du me débarrasser d’une marchande de souvenir en utilisant les pièces de monnaies qu’il me restait ! C’est partout pareil.
Arrivé au port, je demande au guide c’est combien ? Il me dit 8000F par tête. Ah ah ah ca fait 24 000F plus de 50$US. Il est fou ! Diagne s’énerve, il l’insulte en wolof. Il lui montre du doigt, le poste de police, entre tend, il me glisse un billet de 5000F sans que le guide ne le voit. Je dis au guide ca va, voila les 5000F. Il ne veut pas les prendre, alors je fais semblant de partir, il les prend et « bourgonne » un peu ! Diagne lui dit quelque chose en wolof et nous dit de nous rendre au quai.
On n’a pas tout vu. Le temps était trop court. On ne visite pas Gorée en 2 heures
A cause de la visite scolaire, le quai est rempli. La police contrôle. Mais il y a juste un tourniquet, ca donne une petite impression de « presse » au carnaval. Il faut jouer du coude pour arriver au quai. La police nous laisse passer et arrête ceux qui sont derrière. On ne surcharge pas le bateau. Le bateau arrive, les passagers descendent et on ouvre la barrière pour nous laisser monter. Sur le bateau, je suis entrain de regarder les enfants qui  font du bruit, ces écoliers ont l’air de «kokorat».
Je dis à Daigne que je veux acheter des souvenirs. Il me dit qu’il connait un endroit en ville, on passera avant d’aller voir Ibrahim.
 

lundi 30 mai 2011

ENERSA WAKA WAKA: JOUR 8

Je prends mon téléphone, il est 3h28 (heure d’Haïti), donc 8h28 au Sénégal.
Frantz leve non papa !
Aujourd’hui c’est jour de prière, il y a un imam qui chante dans un haut-parleur qui crache une espèce de  son « yen-yeeeennnnn » où chaque fin de mot, ou de phrase est étirée de 5 ou 6 secondes ! En plus la voix est nasillarde.
On doit se dépêcher, car on doit rattraper le temps perdu hier.  Frantz va sous la douche et j’en profite pour écrire quelques lignes.  Je me suis dit que c’est jour de prière aujourd’hui, donc il se peut que les gens ne viennent pas  l’UGPM aujourd’hui. Je m’étais trompé, Khadim est déjà là. Frantz va le rejoindre pour commencer à travailler.  Je dois enlever la barbe de la semaine, j’avais acheté un rasoir dans une boutique avant-hier. Pour 100 F je ne m’attendais pas à un rasoir « triple action » de Gilette, mais je ne pensais pas que j’avais acheté une pince non plus ! Tant bien que mal j’arrive à « arracher » les poils. Je sors me mettre au travail, Djibbi est là aussi. On met les panneaux dans les cadres, on commence à en souder de nouveaux. Il ne nous reste qu’aujourd’hui et la matinée de demain.  Si je veux aller voir Gorée, on doit laisser Mekhe au plus tard à 14h00.
Pendant qu’on est en train de travailler, je demande à Djibbi si cet imam ne se fatigue jamais, il est presque 11h00 et il n’a jamais arrêté. Djibbi m’explique que c’est une cassette qui récite les versets du Coran et que c’est comme ça tous les vendredis. Une chance que c’est une cassette, sinon j’aurais aimé voir à quoi ressemble cet homme.
Assane, me dit qu’il doit interviewer un ingénieur et il aimerait que je sois là aussi. J’accepte. Le type est à la station d’autobus, il a appelé pour savoir où se trouve l’UGPM. Je demande à Assane de me montrer son CV. Il a étudié à Thiès, a fait un master en France et travaille dans une PME d’énergies renouvelables, il veut retourner chez lui. Un ingénieur qui vit en France et qui prends le bus pour venir passer une interview dans une petite ville de province ! Wow. C’est comme si en Haïti un ingénieur qui travaille aux Etats-Unis, prenait le bus pour aller passer une interview à Marchand Dessalines.
Le type arrive, Assane me dit de venir le rejoindre au bureau. L’entrevue se passe en français, Assane lui explique qui je suis. Le type nous parle de son parcours et de ses expériences. La première question d’Assane c’est pourquoi il veut rentrer au Sénégal ? Le Sénégal étant actuellement victime d’une Traite des Cerveaux principalement au profit de la France et du Canada. Abdoulaye nous dit qu’il a reçu une bourse du gouvernement  pour aller étudier en France et revenir travailler au profit du Sénégal, et que ce serait malhonnête de sa part de rester en France. Si c’est ça, le tiers-monde est bourré de gens malhonnêtes...
A la fin de l’entrevue, Assane lui donne quelques projets sur lesquels Kayer travaille et lui demande de lui faire des propositions.  C’est l’heure du diner, notre ami est invité à s’asseoir autour d’un bol dans la cour. La Teranga.  Assane me demande ce que je pense de lui. Il est qualifié mais il ne semble pas trop intéressé à aller sur le  terrain, à plusieurs reprises, il a mentionné que son travail c’est de concevoir et que ce n’est pas à lui de connecter les fils. Ce qui sous-entend qu’il n’est pas prêt à aller passer 4 jours à Thiel.
A 14h00 on a rendez-vous avec Abdallah pour qu’il nous amène au marché. Ca m’étonne qu’il nous ait donné rendez-vous à l’heure de la prière.
On sort, il y a plein de sacs sur le bord de la route, je pensais que les gens les avaient laissés là pour aller prier mais en regardant de plus près, ce sont des poubelles. Il y a un service de ramassage d’ordure à  Mekhe !

On arrive chez Abdallah. Il habite dans un « lakou » moderne, les cases en paille ont été remplacées par 6 maisons. Une fille qui baragouine quelques mots de français nous indique de nous asseoir, Abdallah est allé à la mosquée et on peut l’attendre. Je lui dis qu’on va à la grande mosquée, on va revenir. Je veux prendre quelques photos des centaines de fidèles en train de se prosterner. C’est facile de trouver la mosquée, il suffit d’aller en direction du minaret. Arrive à l’ancienne gare ferroviaire, on rencontre un groupe d’hommes qui retournent chez eux, à voir leur accoutrement, ce sont surement des fidèles. Ite misa es. Pas la peine de continuer, on retourne chez Abdallah.  Il est déjà de retour, la prière dure 15 min ! Lui aussi il a mis son « ti dimanch » pour aller prier. On n’a pas beaucoup de temps, je lui dis qu’on doit faire vite.

On arrive au marché, tout est pratiquement fermé, c’est vendredi ! Il faudra revenir demain. Frantz cherche une chemise, Abdallah dit qu’il a un ami qui peut lui en coudre une. Pour rentrer plus vite, on prend une charrette.










Abdallah nous explique qu’à cause de la diaspora, le cout de la vie augmente à Mekhe. Ils ont beaucoup construit en 10 ans. Les prix des terrains sont inabordables, c’est environ 800 000 F. Pardon ! Ca ne fait même pas 2 000$ US.
On accélère la cadence, on doit faire le maximum de panneau possible. Je vais sur internet pour trouver quelques documents pour Khadim. Je discute avec Assane également concernant  le voyage de demain. Il me dit que Diagne va nous amener, c’est lui qui connait le mieux Dakar. Frantz continue à travailler avec les autres. Vers 18h00, ils rentrent chez eux, on continue à travailler jusqu'à 20h00. On rentre se laver puis on va à notre petit resto, Le St-Louisien.
Comme d’habitude ? nous demande la fille.
Comme d’habitude.
Elles sont encore là devant la télé, il y a un débat entre deux personnages cette fois. Surement une émission politique. C’était presque fini, le débat fait place à une « tele novela » indienne.
J’appelle Ibrahim, pour lui dire que ma semaine était remplie et qu’on se verra une prochaine fois. Il m’avait dit qu’il partait le lendemain. Je lui ai dit qu’on sera à Dakar demain car on doit aller à Gorée, il me dit que lui aussi il doit s’y rendre. En fait, il part dimanche matin à 8h00 un peu après nous. Donc c’est possible de se rencontrer demain soir à Dakar. Il me dit de l’appeler demain.
Entre temps on nous amène notre poulet. On finit de manger et on s’en va.
Elle nous lance un "à demain" inch Allah.
Non, pas demain. Demain on part.
Quand vous allez revenir alors ?
Surement.
On passe au cyber café, Fallou est là cette fois-ci. Il était parti à l’école. Abdallah a amené la chemise de Frantz, une espèce de « robe à carreaux » ha ha ha ! Fait sur mesure donc, li pa ka pa  pran’l. On prend quelques photos avec nos amis du cyber. On leur promet de passer avant de partir et on rentre, demain on a une demie journée pour travailler.

vendredi 27 mai 2011

ENERSA WAKA WAKA: JOUR 7

Je me suis réveillé à 7h00, je me suis mis à écrire, Frantz dort encore. Par chance, le WIFI fonctionne, ma carte de crédit (USA) à des problèmes à ce qu’il parrait. J’appelle au numéro par skype, le type me dit que je ne peux acheter pour plus d’argent que ma limite sinon, la carte sera bloquée. Evelyne est en ligne également, avec Papijo, je leur parle un peu. Ils sont contents du blog.  Assane arrive et me dit qu’il attend des visiteurs et qu’après on ira voir une installation qui donne des problèmes.
Deux types rentrent dans le bureau, ils viennent de Dakar. Le directeur Asour et un de ses employés Aidara, beaucoup plus jeune. Assane veut que j’assiste à la rencontre, le directeur parle en français, ils ont une boite à Dakar et ils veulent des installateurs pour travailler en collaboration avec eux. Ils veulent travailler avec Kayer car c’est un des lauréats 2010 du concours SEED. Je ne pas sûr, mais il me semble qu’on a participé à ce concours. Si nous sommes en train de former leur lauréat, alors… ! Le directeur dit qu’il dispose d’une équipe technique capable de les aider dans l’étude des projets. J’écoute sans rien dire.
Une fois la conversation terminée, Khadim prend ses outils et les mettent dans la voiture du directeur. Frantz va rester avec les autres pour continuer le travail, il est allé à la pharmacie pour acheter des médicaments contre la grippe. Vers 10h40, les 5 ont embarqué dans la voiture, une Mitsubishi Pajero (pour nous c’est Montero), et on prend la route vers St-Louis (direction opposée à Dakar). Ca va me permettre de voir une autre partie du Sénégal. A la sortie de Mekhe, il y a un terrain avec des milliers de sac de plastiques, je ne peux pas dire que c’est une décharge publique car il n’y pas d’autres types de déchets. La route est un peu gondolante sur quelques kilomètres, ce qui oblige Asour à réduire la vitesse. Sinon, on roule entre 120 et 150 km/h.
Arrive à Kevemer, on quitte la nationale, on tourne à droite. Kevemer, c’est la ville natale du Président Wade, je pensais que la ville allait bénéficier de plus d’investissements que les autres, apparemment non. Aidara me le confirme. Il n’a rien fait. On quitte Kevemer pour tomber sur une autre route nationale, moins fréquentée. Ici, pas de gros bus, un peu plus de charrette et le transport est assurée par des bus de taille moyenne et des « rache pwèl ». Il y a même des types qui « pran seso ».
La route est toujours en bonne état, on roule toujours à la même vitesse. Je prends des photos avec mon téléphone car j’ai oublié la caméra. Je ne peux demander au type d’arrêter pour prendre les photos sinon, on n’arriverait jamais. Les images sont quand même assez bonnes. Chapeau Blackberry ! Je note un truc assez intéressant : les charrettes suivent la route nationale, sur une voie de service parallèle.
Khadim sort un livret, lorsqu’il a terminé je lui demande s’il était entrain de prier, il me dit que oui. Ah bon! Il me semble que le Coran définit clairement le rituel de la prière, être propre, pied nus, tapis au sol, en se prosternant, orientée vers la Mecque. Je me demande d’où vient l’option prier dans une voiture à 120 km/h. Le Coran n’avait pas prévu la technologie. Si c’est comme ça, bientôt ils pourront envoyer leurs prières par Blackberry ou Iphone hi hi hi !
On arrive dans une ville qui ressemble étrangement à Anse-Rouge, la ville sans la saline qui la précède. En fait, je dirais plutôt Anse-Rouge avec un peu de progrès. Il y a toujours l’aspect dégagé comme je l’ai déjà dit et le réseau électrique, je ne sais pas s’il fonctionne mais il existe. Il y a aussi plus d’activité économique, dans cette petite ville également, les charrettes côtoient les voitures. Finalement, la nationale goudronnée donne un autre aspect à la ville. Les rues secondaires sont en terre mais larges, très larges.

On continue vers la ville sainte de Touba. Le paysage est désertique et poussiéreux. L’asphalte noir contraste tellement avec le sol ocre. Le pays est plat, je n’ai pas vu une montagne jusqu’à présent. Je vois des troupeaux de moutons et de chèvres, de rares arbres. On arrive à Touba, Assane me dit que beaucoup de gens viennent en pèlerinage ici. Toujours un Anse-Rouge modernisée, encore plus que l’autre ville. Il y a même des taxis clairement identifiés avec leur enseigne sur le toit. On s’arrête pour acheter de l’eau, on entend une sirène de police, on voit une moto style « Chips » qui nous dit de nous mettre de côté, il y a un officiel qui arrive surement. (Sweet Micky a remis la pratique en marche). Je vois trois Mercédès Benz classe S qui suivent la moto. A l’avant de la première, il y a un vieux à côté du chauffeur. C’est qui ? Je demande. C’est le grand Marabout de Touba! En plus d’avoir accès privilégié au Ciel, on profite des plaisirs de la terre en se baladant avec 3 voitures de 200 000$ chacune et sécurité policière. Un des cinq piliers de l’Islam c’est l’aumône… donc on donne de l’argent pour que le « boss » roule en voiture de luxe. Drôle d’aumône.

On passe devant la Grande Mosquée de Touba. Une immense mosquée qui s’étale sur au moins deux hectares, avec la cour en marbre jusqu’au trottoir! Se wololoy l’aumône ! Il y a bien 30 mètres entre la clôture et le bâtiment. Les 2 tours secondaires qui encadrent le minaret sont également en marbre. La voiture ne s’arrête pas mais je peux voir le luxe qui se dégage du bâtiment. Un vendredi ici avec des milliers de fidèles en train de se prosterner doit être assez impressionnant. Demain si possible on ira faire un tour à la mosquée de Mekhe.
On quitte Touba pour Thaif. Dernière « ville » avant Thiel, ensuite il n’y aura plus de route goudronnée, il faudra emprunter la piste. Thaif ressemble un peu à la Croix-des-Bouquets, c’est un peu plus coincé avec des marchandes et des commerces informels en tôle. A 1h00 on arrive à la fin de la route, on doit emprunter la piste. Khadim nous dit qu’il reste encore 100 km ! Je pensais que c’était le village à côté ! Au début, la terre est rouge, un peu comme pour se rendre à Dori, en passant par Cavaillon. (OK, OK nou pa konn wout sa a). Heureusement la piste n’est pas trop défoncée, par endroit il arrive même à faire du 100 km/h. On est obligé de mettre nos ceintures, car des fois Assoul rentre dans les crevasses et la voiture « matte » carrément ! En saison de pluie, ça doit être infernal conduire ici. C’est l’Afrique profonde, avec les lakous avec plusieurs cases en paille, il ne manque que les animaux sauvages et les chasseurs tribaux avec la lance. C’est l’idée préconçue que nous nous faisons à cause de la télé. Les villages sont plus sales et plus pauvres, les gens vont chercher de l’eau dans des puits avec des barils montés sur des charrettes. Les sachets de plastique n’aident pas non plus ! Les gens ici sont des éleveurs, on rencontre des troupeaux de bœufs, de chèvres, de moutons sur toute la route. Assane me dit que les animaux mangent l’herbe, pourtant elle est tellement jaunâtre.
Khadim semble connaitre le chemin, il dit à Asour quelle embranchement prendre. On peut se perdre facilement dans la brousse. Un peu comme dans la saline à Anse-Rouge. J’ai atterri à Pointes des Mangues une fois.
On arrive enfin à Thiel, il est 14h30 une chance que la Pajero était confortable. Thiel est un petit village pauvre, et sale. Surtout à cause des sachets de plastique. On va au centre communautaire, pour voir l’installation. Il y un bureau avec des tonnes de paperasse, je vois un cahier « quinze » où c’est marqué « registre de l’état civil ». Il y a un ordinateur portable et une imprimante et une connexion internet avec le téléphone fixe. On doit aller voir l’installation qui ne fonctionne pas. La radio communautaire ne peut pas marcher 4h00 par jour. C’est un problème de câblage, les fils sont sous-dimensionnés. On fait des tests avec la radio, ça ne tient pas parce que les batteries ne sont pas assez chargées. Le chef du village veut avoir une salle informatique, il a déjà les ordinateurs. Assane traduit, il veut savoir s’il peut mettre les ordinateurs sur le système solaire.
« Oh ! »
Tout le monde part à rire, ils ont tous compris ! Ca ne suffit même pas pour la radio et il veut rajouter 7 ordinateurs.
Mon impression sur la langue française se confirme, le chef du village est né sur la colonisation et il arrive à me parler en français, sont français est « lent » mais correcte. On prend quelques photos de groupe et on quitte Thiel à 16h20.
On repasse à travers l’Afrique profonde pour finalement arriver à Thiaf vers 18h00. On s’est perdu quelques fois, on dû demander aux villageois. On ne rentre pas dans la ville, mais à partir des minarets, je peux voir qu’elle n’est pas petite. On s’arrête pour mettre de l’essence et Adiara prends le volant.
On s’arrête à Touba, Assane veut nous montrer une installation qu’ils ont faite dans un centre de santé. Au Sénégal, il semble qu’on ne vole pas les panneaux solaires ! Aucune sécurisation, ni à Touba ni à Thiel. Le centre de santé est dans un piètre état, même chose qu’en Haïti. Sur un banc, une dame est assise avec son bébé en attendant de voir un médecin surement. Toutes les pièces donnent sur la cour centrale, chaque porte à un écriteau qui identifie la salle. On va voir le système, un réfrigérateur pour conserver les médicaments. Tout fonctionne de puis 3 ans. Je regarde une affiche à propos du ver de Guinée ! Wouch !
On est dans la même ville que la magistrale mosquée, et le centre de santé est dans un tel état ! On préfère panser les âmes plutôt que de panser les corps. En tout cas…
Sur la route qui mène à Mekhe, je ne peux m’empêcher de faire des comparaisons. En 300 km de route plus les 120 km qui séparent Dakar de Mekhe, je n’ai pas croise une seule rivière, même sèche. Et pourtant les Sénégalais ont de l’eau courante. D’ailleurs les châteaux d’eau sont visibles partout, ils ont tous la même forme : un cône inverse supporte par de colonnes à 20 mètres du sol.
Je peux voir que la décentralisation fait son chemin au Sénégal, il y a plein de bâtiments publics flambants neufs qui sont des annexes des différents ministères. Je n’ai pas vu de vieux bâtiments coloniaux abritant les services publics. Je n’ai vu que 4 panneaux de coopération internationale : AFD, USAid, Jica (Japon) et une ONG espagnole.
A 20h30 on est de retour à Mekhe, Asour et Aidara doivent continuer jusqu'à Dakar eux. On vient de faire 300 km un aller-retour en 10h ! Y compris le stop à Thiel. Même si les dirigeants sénégalais ont volé comme c’est souvent le cas dans la plupart des pays africains, au moins ils ont laissé un minimum…
Eau, route et électricité.
Je viens de réaliser que je n’ai rien mange depuis ce matin, et je pourrais encore tenir. Assane nous dit d’aller le rejoindre au restaurant, il va prendre sa moto. Bon, on est des habitués maintenant, la fille devine qu’on va prendre du poulet. Khadim est venu nous rejoindre également. Après le repas, on passe saluer Abdallah au cyber café, on ne reste pas trop, je dois rédiger le récit de la journée avant d’aller me coucher.